jeudi 12 mai 2016

On achève bien les anges — Élégies —


Un monde à part

Au soleil couchant, mercredi fin d'après-midi
aux portes de La Rochelle
un clown boucher nous invite à le suivre
une mini fanfare perchée dans les nuages
devant le grand chapiteau ceint d'une piste de sable…

Sous la toile, semi-obscurité, un autre monde
poudre de pouzzolane sous nos pieds
trouver sa place dans une semi-pénombre
au loin, renâclement des chevaux
bruissement des brides, cliquetis des mors
claquement sourd des sabots, odeurs animales…

Dans un grondement d'éclairs, sons d'enfer
le monde fascinant de Zingaro s'ouvre à nos sens
comme aux premiers temps du monde
troupeau sauvage, bêtes lancées au galop
acrobaties et pirouettes des écuyers
les tableaux rythmés par la fanfare fellinienne
s'enchaînent, baroques, sublimes, chimériques…

Maelström de mélodies, élans de poésie… furie
apaisée par les solos mélancoliques de Bartabas
puis la neige, le vent, les nuages…

Repartir dans la nuit avec le sentiment troublant
d'être entré dans la fresque festive et vivante
d'un maître dément, de flotter dans un rêve…


mardi 10 mai 2016

Escapade en Anjou




À Chemillé

Un pont pour l'Ascension !

Vers la Loire nous montons.

Première étape à Chemillé

tout près du pays du Layon.
C'est là que sont posés
Marie-Yolane, Marie & Francis
amis connus à Mayotte…

Accueil joyeux, ensoleillé

les papilles vont se régaler
les débats seront animés
les regards vont pétiller…

La Loire est toute proche

et nous voici à l'île Béhuard…
Il est vrai que cette Loire
de ses eaux je suis proche
depuis mes jeunes années
où j'ai vu très tôt le Gerbier
le Mont Gerbier de Jonc…

La compagnie du fleuve
écrits de  Thierry Guidet
(Mille kilomètres à pied
le long de la Loire)
livre offert par nos amis
est à mon chevet depuis
quelques semaines déjà…

Au fil des mots, de l'eau

je me laisse glisser avec
les souvenirs d'enfance
ces étés à la campagne
entre Le Puy et Retournac

Puis les Gorges de la Loire

pêche à la ligne, aux vers
d'eau ou aux asticots !
Les baignades, un bateau
bricolé qui prenait l'eau…

Plus tard, mes pas curieux

jusqu'au bord de l'estuaire
m'ont conduit et déposé…
Une bonne compagnie
que ce fleuve, la Loire…


À Juigné-sur-Loire

Naturellement, c'est à Nantes

que surgissent Sophie et Éric
alors que je suis au port
de Trentemoult les Isles
sur la rive sud de la Loire
le nez au vent du large…

Début du siècle nouveau

en leur joyeuse compagnie.
Fête des mots au château
d'Yseron, pays du muscadet,
et autres partages ligériens
à La Poire qui Fume…

Ce pont de l'Ascension

quelle belle occasion
de glisser de Chemillé  
jusqu'à la Loire à Juigné
de longer les rives du Louet
un bras du fleuve long…


Deux jours dans les arbres
à épier le pic épeiche
à écouter ses castagnettes…

De la corniche angevine
aller à Rochefort-sur-Loire
et son centre de poésie…

Les gens d'ici vivent
dans l'aile d'un oiseau
Où ils sont bien au chaud
dans la tendresse de la terre
Les vignes leur font
un cortège de parfums
La Loire les protège
des invectives du soleil
Jacques Bertin Gens de Chalonnes
in La compagnie du fleuve de  Thierry Guidet 

http://www.rochefortsurloire.fr/vivre/vie-culturelle-bibliotheque-centre-poetique-municipal/centre-poetique-municipal/  

Rendez-vous est pris chez Sophie & Éric pour un atelier conte/écriture à l'automne…

mercredi 4 mai 2016

Corse (3) : le Nebbio

Depuis Vallecalle

Après Erbalunga, la D 80 nous conduit tout naturellement à Bastia. Oh, là, à gauche, si on montait jusqu'à San Martino-di-Lota propose Malou aspirée par les hauteurs. Et nous voici sur une route minuscule, dans la partie la plus étroite du cap Corse entre Bastia et Patrimonio !

Nous surplombons et évitons la ville. Au col de Teghime (vue sur les deux côtes de la Corse), direction Oletta où nous abordons les montagnes du Nebbio. Le col de San Stefano puis descente jusqu'à Vallecalle chez Paul-Henri pour nos trois dernières nuits corses.
L'église San Michele

Depuis la terrasse de Vallecalle, nous l'apercevons sur l'arête montagneuse, tout là-haut, à Murato. Posée sur un promontoire isolé, sa silhouette se détache dans le ciel corse limpide.

C'est une superbe église romane de l'époque pisane — construite en une nuit par les anges d'après la légende —. Elle se caractérise par la polychromie de ses murs, composés de serpentine verte et de calcaire blanc en alternance, dessinant tantôt des zébrures, tantôt des damiers.
« C'est la plus élégante et la plus jolie église que j'ai vue en Corse »               Prosper Mérimée
Tout autre décor le lendemain, lors de notre dernière randonnée corse. À Rapale, nous découvrons un sentier conduisant à la chapelle ruinée San Cesareo. Encore relativement en bon ètat en 1920, elle a subi depuis de très sérieuses dégradation. Ses murs polychromes font penser à l'église San Michele de Murato toute proche. Sa construction est certainement du début du XIIIe siècle.

Derniers pas dans le maquis fleuri, pique-nique à l'abri d'un muret de pierres sèches…  Immobiles, nous contemplons la Conca d'Oro, coulée verte et riante jusqu'au port de Saint-Florent…
Bastia

Ainsi va Bastia va
Et son marché
Aux pieds des falbalas
Qui tournent et s'assemblent

Ainsi va Bastia va
Et son doux port de pêche
Rire rauque et parfois laids
Des marins aux mains rêches

Ainsi va Bastia va
Et sa foule trop lente
Qui comptant tous les pas
Avale les belles pentes

Ainsi va Bastia va
Aux vents bien trop sournois
Qui secouent en fracas
Les vies sans embarras

In La passion des poèmes 11 janvier 2006
Oletta

Nous en rêvions depuis notre arrivée de cette omelette corse au brocciu et à la menthe fraîche ! C'est au restaurant A Piazzetta, sur la petite place du gros bourg d'Oletta, lors de notre dernier dîner, que nous l'avons dégustée ! Et quel accueil ! La pizza cuite au four de pierre était extra ! Le patrimonio rouge parfait ! Un petit verre d'aqua vita offert ! Et nous sommes repartis avec une bouteille de cette eau de vie avant d'aller saluer San Michele dans la nuit, sous une pluie légère ! Sublime !

La Corse, on adore ! Et si on y revenait avant Noël ?

mercredi 27 avril 2016

Corse (2) : le Cap Corse

En route vers le Cap Corse

La Balagne nous a enchantés. La suite ? Vers le cap Corse, l'isula di isula, « l'île de l'île ».


Nous longeons le désert des Agriates. Halte à Nonza, petit bijou accroché entre ciel et mer ; Café de la Tour petit bistrot sous les platanes, fromage et vin corses ! 

Perché au-dessus de la mer, cerné par le maquis, Nonza est le point d'orgue de la route en corniche qui longe la côte ouest du Cap Corse.


« Terre déchiquetée, âpre et magnifique, forgée par une histoire tragique qui a sculpté les hommes »
Pascal Paoli
Le sentier des Douaniers

Nous nous installons à la Casa di Babbo à Tomino, sur les hauteurs de Macinaggio pour quatre nuits.


Point de départ du sentier des Douaniers du cap Corse, de Macinagio à Centuri. Le maquis entre la baie de Tamarone et la Pointa di Agnello est en fleur, superbe.


Nous superposons nos souvenirs de la Pointe du Raz, de la lande du Cap Fréhel face à la réserve des îles Finocchiarrola, domaine des Goélands d'Audouin, des Goélands leucophée et des Cormorans huppés.


La chapelle Santa Maria

Nous quittons le bord de mer pour pique-niquer à l'abri de la chapelle Santa Maria parmi les senteurs et les couleurs du maquis.


L'arbousier domine cette végétation arbustive, assez basse, composée de cistes, de bruyères, de lentisques, d'asphodèles et autres plantes buissonnantes.


Quelques touffes de chênes verts ajoutent des notes plus verdoyantes.


L'île de toutes les beautés, une île verte !



Les tours génoises

Quatre siècles d'occupation génoise ont marqué le paysage de Corse. Afin de se protéger des razzias barbaresques, de la gourmandise des États rivaux, Gênes fortifia sa colonie dès le XVe siècle.


Depuis un petit col, nous en découvrons quatre, alignées : celle de Finocchiarla, celle de Santa Maria (photo), d'Agnello et au loin celle de l'île de la Giraglia. Par beau temps, nous apercevons les îles de Capraia et d'Elbe.


Barcaggio et Centuri…

Temps lumineux et calme, alors que le vent peut souffler très fort au nord du cap Corse… 120/140 km/h et plus.


Ce jour-là, la baignade est possible à Barcaggio, la plage où les vaches viennent pratiquer le farniente. Puis nous descendons jusqu'au port de Centuri presque désert en ce début de saison.


Un croquignolet port de pêche (dixit le Routard) : premier port de pêche langoustier de France ! Nous savourons un excellent saint-pierre à l'estragon au U Cavallu di Mare… Et au dessert ? Un fiadone bien sûr !


Sur la route de Rogliano

Au retour de Centuri, nous quittons le bord de mer, passons au pied du moulin Mattei et découvrons Rogliano, beau village perché, dominant la mer…


Lorsqu'elle était capitale du cap Corse, Rogliano a compté jusqu'à 4 000 habitants. Aujourd'hui : ruines de châteaux, de tours fortifiés…


Et aussi, sur la route, les tombes d'« Américains », ces expatriés partis faire fortune au Venezulea, au Mexique, au Pérou, à Cuba et revenus sur l'île pour leur dernier sommeil…

Erbalunga et autres marines…

Nous quittons la Casa di Babbo… se laisser glisser le long de la côte est, se poser un instant dans les marines…


Le cap Corse abrite des criques secrètes, des marines, au creux des anses protégées et des routes en lacets…

Marines de Meria, de Luri, de Porticciolo, de Pietracorbara, de Sisco et d'Erbalunga : la « vraie et authentique marine du cap Corse ! ».

Puis nous contournons Bastia, avant d'aborder le Nebbio…

samedi 16 avril 2016

Corse (1) : La Balagne

Arrivée à l'Ile-Rousse

Nous débarquons en début d'après-midi sur les côte de la Balagne et nous voici à la Casa Musicale à Pigna où nous savourons notre première Pietra ambrée, la bière corse à la châtaigne !

http://www.casa-musicale.org/frameset.php?page=/index.php?hotel-corse

Quelques pas dans le village de Pigna, l'un des plus anciens de Corse, et nous sommes déjà sous le charme de la Balagne… Le séjour s'annonce divinement bien…


Nous dînons au couchant, face à la citadelle d'Algajola où nous poserons nos valises demain pour trois nuits.

Pigna et Sant'Antonino

Le luxe pour nous est de partir en randonnée directement depuis la chambre, sans passer par la case voiture ! Le premier matin, nous chaussons et partons avec le pique-nique, à travers une campagne verdoyante vers le couvent de Saint-Dominique.


À deux pas, Sant'Antonino, un nid d'aigle médiéval accroché à un éperon de granit. Découverte à pied bien sûr, de ses venelles pavées, de ses voûtes suspendues… Et une autre Pietra ambrée à la terrasse panoramique du Bellevue où l'accueil est chaleureux…


Concert à Pigna

Rapide installation dans la citadelle d'Algajola, chez Maud, à U Castellu, 
et nous revoici attablés à la terrasse de la Casa Musicale à Pigna ! Un concert est donné ce soir à l'auditorium : Pigna est l'épicentre de festival de la Voix, de Groupes corses.

À 21 heures nous sommes installés dans l'étonnant auditorium, en brique de terre crue, sans coffrage. Près de deux heures en compagnie des musiciens et chanteurs du groupe A Cumpagnia
Dans le cirque de Bonifato

Ce matin là, le vent est violent autour de la citadelle d'Algajola. Nous filons vers l'intérieur, en direction du Mont Cinto, le point culminant de l'île à 2 706 m, coiffé de blanc. Ici tout est paisible !

Nous voici prêts pour effectuer la boucle de Ficahiola. Quatre heures d'immersion dans une nature de toute beauté : le cirque de Bonifato est, avec le massif de Bavella, le plus bel ensemble d'aiguilles de Corse.

Un espace minéral grandiose teinté par le rose du granit et la présence majestueuse des pins laricio.
Lou, ma bien aimée,

respire la douceur

d’être là ensemble !

Aimer à loisir,

aimer et marcher
au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés

de ces ciels brouillés
pour mon esprit ont les charmes

si mystérieux 
d’être Deux.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

luxe, calme et volupté.

Des rochers luisants,

polis par les ans,

décorent notre regard ;

Les plus rares fleurs

mêlant leurs odeurs
aux vagues senteurs des pins…
La splendeur du lieu,

tes yeux émerveillés
à mon âme en secret

murmurent en mots bleus :
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

luxe, calme et volupté.

D'après L'Invtation au voyage
de Charles Baudelaire


De Galéria à Calvi

Pas facile de revenir à la civilisation après une telle immersion ! Nous étirons le temps jusqu'à Galéria pour suivre ensuite la route tout en virages jusqu'à Calvi.

Nous longeons la mer Méditerranée dans une contrée parmi les plus spectaculaires de l'île. Une route côtière très étroite, déserte (parce que hors saison !), sinueuse, à flanc de falaise… Au couchant tout est doré, ambré comme la bière dont nous rêvons…
On n'y croyait plus ! Aucun village sur cette route en corniche ; seules quelques traces d'une ancienne activité minière de fer et d'argent…
Et peu avant Argentella, à Ferayola, une terrasse vide d'un restaurant se dore face au couchant… L'ouverture est prévue pour le lendemain ! Qu'à cela ne tienne ! Le patron en pleins préparatifs, nous accueille : une Pietra ambrée, bien sûr ! Merci !

Nous nous laissons glisser jusqu'à Calvi, à U Casanu. Une petite salle où Monique nous accueille très gentiment. Dégustation de beignets de légumes, poulpes rôtis et un délicieux fiadone, avec sucre en poudre et aqua vita !



La Balagne ? Nous avons adoré ! Demain, cap au nord, vers le cap Corse !

samedi 9 avril 2016

Évasion en Corse…


Embarquement pour l'Ile-Rousse

La Corse n'est pas une région que l'on visite.
C'est presque un monde d'où l'on revient…

Le temps y est long, immobile…

Tout voyageur qui débarque est saisi par ce rocher battu par les flots. Il est aussi touché par cette étrange alchimie de rudesse et de majesté qui en émane…

Kipling dépeignait la Corse comme « un relief sculpté par des mains de géants »…

Cette Corse qui intrique, et qui fit dire au grand Malraux qu'elle était et resterait une « énigme ».
Oui, il y a une sorte de mystère chez nous, et cela n'a rien à voir avec la beauté frappante des paysages…
Simon Renucci, maire d'Ajaccio.
Extraits du discours d'accueil de Charles Rivkin, ambassadeur des États-Unis en France,
le 12 novembre 2012

samedi 2 avril 2016

Premier Avril + Un




Saumon

C’est à la lame souple qu’on tranche l’escalope en plein corps du saumon,
C’est du bout des doigts qu’on débusque l’arête,
C’est à la pince à épiler qu’on la retire,
C’est du plat de la  hache, entre deux feuilles huilées, qu’on la raplaplate,
C’est à la poêle sèche qu’on la cuit par 25 et 15 secondes seulement,
C’est par la queue qu’on équeute l’oseille qui fera sauce,
C’est par l’échalote, le vin blanc et le vermouth qu’on la calme,
l’agaçante oseille,
C’est par la crème qu’on la crème et par le citron qu’on l’énerve,
C’est par le poivre et le sel qu’on la bénit,
cette sauce dans son assiette chaude,
C’est par simple gourmandise qu’on s’y rue.

Ce poème de l’escalope de saumon à l’oseille a été composé par
Monsieur Pierre Troisgros ?

Et avec ça, Monsieur Jean ?

Un Meursault.

Paul Fournel Le Bel Appétit P.O.L